Dans le monde Camelot, où la quête du Graal est tout, un homme a trouvé le moyen de s'élever et dominer le monde sans passer par les armes. Allirion a pris le contrôle d'un tier du monde en usant de divers monopoles économiques. Puis par quelques astuces, il s'est intéresé à la politique avec succès. Mais le Roy ne le voyait pas d'un bon oeil, et il fut banni et éxilé. Aujourd'hui le Roy est mort, un nouveau a pris sa place. Qu'adviendra-t-il d'Allirion, autrefois vif chevalier?
L’âge se faisait ressentir. Sur tout le monde le poids des années finissait par gagner. Mais bien qu’encore jeune, Allirion le sentait chaque jour un peu plus.
L’homme regarda dans le miroir. Il n’avait pas la même prestance qu’autrefois, et ses habits mêmes semblaient élimés malgré tout le soin qu’il leur apportait. Le costume était impeccable et pourtant quelque chose manquait. Indéniablement, quelque chose avait disparu.
Avec un soupir las le chevalier, ou ce qu’il en restait, se laissa choir sur son fauteuil. Le velour qui le tapissait ainsi que les rainures d’or sur le dossier
trahissaient l’opulence qui avait été la sienne. Fini tout cela, il fallait aujourd’hui se rendre à l’évidence. Le mot richesse n’était plus qu’un vague souvenir. Pourtant rien n’obligeait le
résidu de marchand à sortir de sa retraite paisible : dans ses réserves gisaient suffisamment de lingots de toutes sortes pour mener un train de vie des plus confortables pendant bien des
décennies encore. Malheureusement, ce n’était pas là là trace recherchée d’une vie réussie.
Ses doigts gras triturèrent sa fidèle canne à pommeau d’argent, reste de son empire, de son monopole. Pour lui elle symbolisait l’apogée de sa gloire. Il y avait
réfléchi longtemps, elle avait été plus que l’instrument de son déclin. L’apparition de cet objet avait transformé le actif et entrepreneur jeune en en vieillard sénil, sur de lui, arrogant.
Aujourd’hui il devait bien se rendre à l’évidence : il avait laissé passé sa chance, le jeu s’était terminé avant qu’il n’y participe.
Pourtant dans les mémoires on se souvient encore de Allirion. Allirion, l’homme le plus riche de Camelot. Celui qui parti de peu s’était élevé au sein d’un
tourbillon commercial, s’était enrichi pendant la crise qui touchait Albion avant de, fier de sa force nouvelle soutenir cette économie chancelante, nourrir le peuple. Un beau geste. Du moins
dans les rapports officiel.
Dans l’esprit du marchand, la chose s’était déroulée différemment. Il tenait enfin sa vengeance contre un monde qui l’avait mis à l’écart. Peu importait les moyens. A l’époque, il était ambitieux. Coute de coute, il s’était donné ce dont il avait besoin pour tenir dans le creux de paume tout ce monde qu’il haïssait et dont il faisait part.
Le Roi était parti. La débâcle, l’économie au bord du gouffre. Plus d’organisation. La situation était rêvée. Allirion fut Maire.
L’homme sourit alors qu’il se remémorait cette période. Il recherchait encore parmi les jeunes gens d’Albion lequel serait prêt à s’élever contre le Roi. Il les testait. Allait à chaque fois plus loin dans l’audace de ses actes, testant les limites.
Tout était prêt le projet était en place. Il allait détrôner Camus. Camus, l’homme qui tuait des dragons. Mais ça il ne le saurait que plus tard. L’académie allait passer sous son contrôle direct. Plus que la dépendance économique le système allait dépendre de lui jusque dans ses plus petits recoins.
Et personne n’y voyait rien. Il était acclamé, loué.
Allirion se leva de son fauteuil ouvrit sa porte et descendit l’escalier. Il ne lui fallut que quelques secondes pour se retrouver dehors, où son cochet l’attendait. Les chevaux mirent en branle la voiture.
La suite ne valait pas la peine d’être racontée. Allirion s’était fait faire sa lourde canne signe extérieur de son immense richesse. Camus était revenu, glorifié pour son succès contre les dragons. Et soudain le poids économique d’Allirion fut balayé par cette force inimaginable. Paniqué les choses se précipitèrent. Les chevaliers remotivés par leur Roi se libérèrent du joug économique du Marchand-Maire. Les critiques commencèrent à fuser. Les jeunes. Toujours les jeunes, les premiers à se révolter, les premiers à mâter. L’homme devenait gras, jouissait sans complexe de sa richesse. D’homme audacieux et mystérieux il s’était transformé en avare fier de sa réussite, imbus de lui-même, non pas qu’il ne l’était pas dans sa plus tendre jeunesse, mais que pour la première fois il laissait fleurir à la face du monde l’immondice de ses pensées. Il était tellement sûr tellement sûr que dans la position il était intouchable.
Il restait encore le Roi, et malgré ses efforts il ne pouvait rien faire. Il eut un pincement amer quand il se rappela que jamais il ne saurait si Camus savait qu’il était sur le point de perdre sa place. Mais officiellement il n’avait pu qu’obéir. Aurait-il du agir ? Il en avait eu la possibilité. Bien des fois, mais jamais il ne s’était lancé. Dans sa tête tout était justifié. Tout était calculé, il n’avait qu’à rager en silence, pourtant au fond de son cœur seul le mot lâcheté résistait à son tourment.
Il descendit les deux marches pour se retrouver à terre, les bâtiments officiels devant lui, une ville qu’il ne connaissait plus derrière.
Il avait été dépassé. Son plan était infaillible et il avait été anéanti par la force d’un homme. Et le Maire s’était retrouvé en exil loin de ses biens.
Et Albion s’était effondrée. Petite touche d’espoir.
L’homme était maintenant petit et gras. Le visage agressif, meurtri par la rancune. Peut-être aujourd’hui sa chance était-elle arrivée.
Il était convoqué chez le nouveau Roy.
Sa vie n’avait été qu’échec. Que refus au moment de porter le coup de grâce. Mais peut-être lui restait-il le temps d’accomplir quelque chose.
Et la voix de la rancune au fond de lui d’ajouter : ou de tout détruire.
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